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Comme tout un chacun qui lit la presse économique ou est présent sur la
place financière, le terme « UCITs » est un terme récurrent ces jours.
Un effet de mode s’est créé autour de cette réglementation qui est
pourtant vieille d’une dizaine d’année. Sa mise en avant est du à
plusieurs phénomènes : l’accès à une nouvelle plateforme de vente pour
les managers de fonds alternatifs, une attente des investisseurs d’une
réglementation des fonds alternatifs couplée avec un accès à des fonds
plus liquides et soi-disant plus transparents.
La
crise financière et bancaire de 2007 à 2009 a largement affaiblit le
monde des fonds alternatifs et la révélation des malversations de Madoff
a porté un coup presque fatal à l’industrie des hedge funds. La
réglementation UCITs, utilisée par les fonds alternatifs, essaie de
redonner vie à ce pan de l’industrie de l’investissement. Ayant
participé à plusieurs conférences, on ne peut pas dire que tout le monde
soit unanime concernant le concept.
Nous allons d’abord décrire les différentes caractéristiques des fonds
alternatifs au format UCITs ou « Newcits » puis nous allons nous pencher
sur les avantages et les inconvénients de cette réglementation pour les
managers de fonds et pour les investisseurs. Nous finirons par évoquer
le futur de cette réglementation et son implication dans les
investissements de tous les jours.
Voici en quelques points les principales caractéristiques des fonds
UCITs :
Tout d’abord le domicile des fonds doit se trouver dans un des pays de
l’Union Européenne. Les préférés pour l’instant sont l’Irlande et le
Luxembourg pour les raison suivante : la taille de l’industrie des fonds
dans ces pays et l’expérience des professionnels du secteur financier
sont les premiers arguments.
Les
fonds UCITs sont de type ouvert ou « open-ended ». Cet aspect rend les
actions des fonds totalement accessibles.
La
palette d’investissement est plus restreinte. Il ne doit s’agir que
d’instruments listés sur une bourse d’un pays de l’Union Européenne.
Il n’est pas possible d’avoir des positions à découvert sur les
sous-jacents. Les postions à découvert doivent être synthétiques. Le
fond ne doit pas contenir des positions dans les métaux précieux ou les
« commodities ». L’immobilier est proscrit aussi. Il est possible par
contre d’utiliser des produits dérivés qui investissent dans ces classes
d’actifs.
La
liquidité du fond UCITs doit être en adéquation avec la liquidité de ces
sous-jacents et doit pouvoir être investi ou désinvesti chaque deux
semaines.
Le
levier maximum est de 2 c'est-à-dire l’addition des expositions longue
et shorte ne doit pas dépasser 200. Il est évident que ceci est une
barrière important pour les fonds alternatifs qui utilisaient beaucoup
de levier pour profiter d’arbitrages limités.
L’exposition maximale à une position ne peut pas dépasser 30%. Ceci
proscrit la création de fond « pipeline » pour une seule stratégie comme
c’était le cas pour Madoff. Il y a de nombreuses autres limites de
risque mais leur liste est fastidieuse et ne sera utile qu’à un
gestionnaire de risque. Dernier point, un manager de Ucits ne peut
influencer ou contrôler les sous-jacents. Ceci évidemment a un effet sur
les fonds activistes.
Un
système professionnel de gestion du risque doit être en place. Les fonds
doivent être déposés chez un « custodian » indépendant.
Quels sont les avantages et les inconvénients pour les gestionnaires de
fonds et pour les investisseurs ?
Voici un petit tableau dont chaque point sera développé dans les
paragraphes ci-dessous :
|
|
Gestionnaire de fonds |
Investisseur |
|
Avantages |
1.
1. Réveil de l’industrie
2.
2. Nouvelles opportunités
3.
3. Retrouver la confiance des
investisseurs
4.
4. Passeport européen |
8.
8. Règles communes strictes
9.
9. Plus de transparence
10.
10. Liquidité accrue
11.
11. Domicile moins « exotique » |
|
Inconvénients |
5.
5. Quelques stratégies ne sont pas
adaptables
6.
6. Plus de frais donc moins bonne
performance
7.
7. Concurrence avec leurs fonds
offshore |
12.
12. Gestion plus onéreuse
13.
13. Performance plus basse
14.
14. Analyse plus complexe |
1. 1.
L’industrie des fonds alternatifs a
énormément souffert lors des trois ou quatre dernières années. De
nombreux fonds ont fermés ou sont toujours bloqués, la performance a été
très, trop corrélée à celle des marchés des actions et de nombreux cas
de fraude ont eu lieu. Tous ces éléments ont laissé un arrière-goût acre
à la plupart des investisseurs. Cela a évidemment plus touché les
investisseurs privés à court terme que les investisseurs institutionnels
qui sont beaucoup plus long terme dans leur gestion.
2. 2.
Pour de nombreux fonds, l’opportunité « UCITs »
ressemble à une bouée de sauvetage. Cela ne résout pas leurs problèmes
passés mais au moins offre des perspectives pour le futur. La plupart
ont encore besoin de quelques années afin de nettoyer la situation
causée par la crise financière tout autant au niveau des investissements
proprement dits que pour leur réputation. La réglementation UCITs amène
des opportunités à l’industrie des fonds alternatifs qu’elle devra
saisir rapidement si elle ne veut pas purement et simplement disparaitre.
3. 3.
Les principaux griefs des investisseurs
envers les gestionnaires de fonds ont été le manque de transparence et
de liquidité durant la crise. En appliquant les règles UCITs, les
gestionnaires de fonds alternatifs répondent à ces deux problèmes. Le
règlement UCITs est plus ou moins facile à adapter pour les
gestionnaires selon leur stratégie mais au moins il va donner aux
départements de marketing une nouvelle base d’arguments qui devraient
faire mouche auprès des investisseurs échaudés.
4. 4.
Un autre point très intéressant est la
nouvelle loi sur les fonds de placements qui régira la distribution de
ceux-ci en Europe. Les fonds UCITs avec leur passeport européen ne
devraient pas souffrir de ce changement. Le conditionnel est utilisé car
la directive n’est pas encore définitive.
5. 5.
Tout le monde ne va pas pouvoir profiter du
règlement UCITs car certaines stratégies ou certains fonds ne pourront
pas s’adapter. Les fonds d’arbitrage utilisant un levier très important
ou des fonds basés sur des investissements illiquides ne pourront sauter
dans le train UCITs.
6. 6.
Il est évidemment que, à part pour les fonds
qui menaient déjà une stratégie UCITs sans le savoir, la performance des
fonds UCITs sera plus faible que celle de leur pendant offshore. La mise
en place de système de risque et de trading différents ainsi que les
limites amènent des frais supplémentaires qui vont impacter la
performance. Il est vrai que certains investisseurs sont prêts à subir
et conscients de cette baisse en contrepartie d’une liquidité et d’une
transparence améliorée mais de nombreux autres ne s’en rendent pas
encore compte. Un parfait exemple de ce phénomène est le fond Bluetrend
qui a fermé sa classe UCITs car la performance était trop différente de
la classe offshore. Ne voulant pas péjorer leur image basée
principalement sur leur performance, ils ont préféré clore leur fond.
7. 7.
Il est vrai que, pour un certain nombre de
gestionnaire de fond, créer un fond UCITs est équivalent à se créer un
compétiteur. Ceci est encore plus dommageable pour des fonds qui
menaient une stratégie très similaire (qui ressemblaient déjà au
règlement UCITs). Pour ceux-ci, la création du nouveau fond est capable
de faire fermer leur fond offshore. Cette fermeture montre aussi que
les paramètres étaient trop en faveur du gestionnaire dans sa version
offshore.
8. 8.
La réglementation des fonds alternatifs est
demandée par les investisseurs depuis longtemps cependant il y a règles
et règles, nous rappellerons que Madoff a été contrôlé plusieurs fois
sans que personne ne l’arrête. Il faut être conscient des limites du
système et de ses organes de contrôle.
9. 9.
Il est promis plus de transparence
concernant les fonds UCITs et c’est un argument important pour les
investisseurs. Il est vrai que l’accès à l’information est, dans la plus
des cas simplifié. Il n’en reste pas moins que s’il y a transparence
complète, il sera quasi-impossible aux gérants de réaliser une
surperformance attendue par rapport aux différents indices. Bien
qu’importante, nous ne sommes pas pour la transparence totale car la
plupart des investisseurs ne peuvent rien en faire si ce n’est avoir une
fausse impression de sécurité.
10. 10.
C’est l’élément primordial. Les
investisseurs demandent plus de liquidité car ils veulent avoir
l’impression qu’ils peuvent mieux maitriser leurs propres
investissements. La plupart des fonds UCITs proposent des liquidités
très acceptables. N’oubliez pas, par contre, de lire en petit que la
liquidité est, dans 80% des cas, conditionnelle. Différentes protections
permettent aux fonds de pouvoir gérer leur liquidité avec un peu plus de
flexibilité. Tout ceci pour dire que si tous les investisseurs veulent
sortir en même temps, liquidité ou pas, il y aura un impact sur leur
capacité à être repayer rapidement et sûrement avec une perte par
rapport à la valeur nette d’inventaire. Comme pour tout autre
investissement, la diversification aura une grande importance d’où
l’histoire de la poule, des œufs, des paniers et autres paraboles….
11. 11.
Un domicile moins exotique est gage de
contrôles plus vigoureux. L’Irlande et le Luxembourg, les deux
principaux domiciles des fonds UCITs, ont une excellente réputation.
Est-ce la panacée ? Sûrement pas mais il est vrai que les investisseurs
se sentent plus à l’aise avec des fonds qui sont enregistrés dans des
domiciles moins fantaisistes. Il y a aussi un certain nombre de caisses
de pension ou de fonds souverains qui ne peuvent pas investir dans des
fonds offshore, la version UCITs est leur réponse afin de toucher le
domaine de la performance absolue.
12. 12.
Etant donné la liquidité accrue et les
systèmes de contrôle mis en place, le travail pour cette gestion est
évidemment plus important et donc plus cher. Nous pouvons remarquer
l’impact sur les frais de gestion, souvent des frais pour investir et
désinvestir. C’est finalement la prime à payer pour la liquidité accrue
et de nombreux investisseurs sont prêts à le faire.
13. 13.
Qui dit plus de frais, dit aussi une
performance plus faible. A part pour les fonds qui utilisaient déjà une
stratégie similaire à celle permise par les règlements UCITS, la grande
partie des fonds montreront une performance en retrait par rapport au
fond offshore. A nouveau, c’est la prime à payer pour la liquidité et la
réglementation. Les investisseurs devront déterminer combien ils sont
prêts à sacrifier afin de profiter du bon côté des UCITs.
14. 14.
Vu la complexité des systèmes de contrôle,
de l’opérationnel et de la gestion du risque, le besoin d’analyse et le
« due diligence » est augmenté. Ceci est pour la plupart des
investisseurs pas à leur portée, ils préfèreront alors se tourner vers
des fonds de fonds UCITs ou vers des intermédiaires de confiance sous la
forme de plateformes mises en place par leur banque ou leur
intermédiaire financier.
Le
fait de savoir si les fonds UCITs sont une réponse à tous. La réponse
est sûrement non mais par contre ils cumulent un certain nombre
d’avantages qui devraient en faire le choix de beaucoup concernant leur
allocation en fonds alternatifs.
Déjà, à l’horizon, pointe les fonds UCITs IV qui devraient prendre en
compte totalement les différents points de la directive AIFM. Il est
simplement à espérer qu’il n’y aura pas d’excès de réglementation, ce
qui pourrait, à la fin du compte, porter atteinte au cadre général des
UCITs III.
Le
lancement de fonds de fonds UCITs vont démocratiser dans un proche futur
l’accès à ces derniers. La transparence restera un sujet central de
discussion car l’hyper transparence a aussi ses défauts.
Pour l’instant, l’offre de sous-jacents n’est pas très étendus et à
cause de cela et des règles qu’ont les grandes banques concernant les
minimas requis, vous allez retrouver, dans tous les fonds de fonds UCITS
préparés par les grandes institutions, quasiment les mêmes fonds
sous-jacents.
De
nos jours, la plupart des fonds UCITs sont des adaptations de fonds
existants. Surement que dans l’avenir, des gérants se lanceront
uniquement dans les fonds UCITs sans passer par les fonds offshore.
L’industrie des fonds UCITs se développera de manière bien plus
importante le jour où plus de fonds institutionnels verront leur intérêt
à investir plus dans ce type d’investissement. Certainement que tous les
systèmes servant les UCITs deviendront de plus en plus compétitifs et
donc de moins en moins chers, ce qui permettra de faire baisser les
frais pour les gestionnaires de fonds. Ils devraient ainsi pouvoir
toucher plus largement les institutionnels qui mettent beaucoup
d’importance dans l’équilibre frais - liquidité étant donné leur vue à
plus long terme.
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